Maladie

Alopécie du chat : une perte de poils d’origine génétique

Par Sophia · octobre 10, 2026 · 10 min de lecture

Chat Lykoï au pelage clairsemé et roux, laissant apparaître des zones de peau nue sur le corps
Sommaire

Votre Cornish Rex a toujours eu un pelage fin et bouclé, presque duveteux, mais vous remarquez depuis quelques mois une zone plus claire sur son ventre, où la peau se devine à travers le poil. Si vous vivez avec un Lykoï, ce genre de plage dénudée, ou alopécie, fait au contraire partie de son allure depuis le premier jour, celle qui lui a valu son surnom de « chat loup-garou ». Dans les deux cas, cette perte de poils localisée a une origine génétique connue, et elle mérite d’être bien comprise plutôt que simplement observée.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation vétérinaire. Si la perte de poils s’accompagne de rougeurs, de croûtes, de grattage intense ou apparaît brutalement sur un chat qui n’appartient pas à ces deux races, consultez rapidement : ce n’est probablement pas la même chose, et certaines causes de chute de poils sont contagieuses pour les autres animaux du foyer.

Chez le Cornish Rex, l’absence quasi totale de poils de garde (les poils longs et raides qui protègent normalement le pelage) laisse place à un sous-poil fin et fragile, qui s’éclaircit facilement par endroits, en particulier sur le ventre. Chez le Lykoï, la perte de poils par zones (alopécie) fait partie du phénotype même de la race : elle vient de variants du gène Hairless (HR) identifiés en 2020 par une équipe de recherche féline internationale, et elle évolue par cycles liés aux hormones plutôt que de façon continue. Dans les deux cas, il s’agit d’une caractéristique génétique documentée, pas d’une maladie de peau à proprement parler, mais elle a une vraie conséquence pratique : une peau plus exposée au soleil et au froid.

Alopécie du chat : ce que disent les gènes du pelage

Chez le Cornish Rex, le poil bouclé caractéristique de la race vient d’une mutation identifiée en 2013 sur le gène LPAR6, qui code une protéine essentielle à la solidité de la tige du poil. Une petite portion de ce gène est absente chez tous les Cornish Rex, ce qui explique à la fois la texture ondulée si particulière de leur pelage et sa fragilité relative : sans poils de garde pour le protéger, ce pelage fin s’use et s’éclaircit plus facilement par endroits, en général avec l’âge.

Chez le Lykoï, une étude publiée en 2020 a identifié plusieurs variants du gène Hairless (HR) chez les chats de cette race, associés à un nombre réduit de follicules pileux et à des follicules souvent de taille irrégulière. La même étude a observé, sur les échantillons de peau examinés, une inflammation légère à modérée autour de la majorité des follicules pileux étudiés, sans que cela ait été associé à un problème de santé identifié par le suivi vétérinaire de l’élevage à l’origine de la race. Ces mêmes chercheurs notent que certaines formes de la mutation entraînent une perte de poils plus marquée par cycles, vraisemblablement liée aux variations hormonales du chat.

Les races concernées

RaceFréquenceÂge d’apparitionConséquence
Cornish RexFréquente1-5 ansZones dégarnies, exposition aux coups de soleil et brûlures.
LykoïFréquente6 mois et plusÉvolution par cycles de dépilation. Zones de peau nue récurrentes, exposition aux brûlures solaires et au froid.
Chez ces deux races, la perte de poils est liée à une mutation propre au pelage, pas à une maladie de peau générale.

Un chat croisé ou de gouttière, très largement majoritaire en France, ne porte pas ces mutations et ne présente donc pas ce type de perte de poils d’origine génétique. Cela ne le met pas à l’abri d’une perte de poils pour d’autres raisons (allergie, parasites, trouble hormonal) : la race n’explique qu’une partie des causes possibles d’alopécie chez le chat, de la même façon qu’une dysplasie de la hanche reste propre à certaines races sans épuiser toutes les causes de boiterie.

Perte de poils chez le chat : les signes à repérer à la maison

  • Chez le Cornish Rex : un éclaircissement progressif du pelage, surtout visible sur le ventre, l’intérieur des cuisses ou la queue, sans rougeur ni grattage associé.
  • Chez le Lykoï : des zones de peau nue qui apparaissent, se comblent partiellement puis réapparaissent au fil des mois, en particulier autour du visage et des pattes.
  • Dans les deux cas, une peau visible qui reste rose, propre et sans croûte est cohérente avec cette perte de poils génétique.
  • À l’inverse, une rougeur, des croûtes, une odeur ou un grattage insistant ne font pas partie du tableau habituel et doivent faire consulter.

Le geste le plus utile reste l’observation régulière pendant le toilettage du chat âgé : une main posée régulièrement sur le pelage permet de repérer un changement de texture ou une nouvelle zone dégarnie avant qu’elle ne s’étende.

Les 5 signaux de vigilance du chat senior, appliqués à ce cas

  1. La soif. Sans lien avec cette alopécie génétique. Une soif augmentée doit faire chercher une autre cause.
  2. L’appétit. Sans lien direct non plus. Il reste normalement inchangé.
  3. Le poids. Non concerné par cette forme de perte de poils.
  4. La mobilité. Non concernée, sauf si le chat évite le soleil par gêne, ce qui reste rare.
  5. Le comportement. Le signal le plus utile ici : un chat qui se lèche ou se gratte de façon excessive sur une zone dégarnie ne relève probablement plus de la simple caractéristique de race, mais d’une irritation à faire examiner.

🩺 Ce que dit la littérature vétérinaire

L’étude génétique de référence sur le Lykoï rapporte une inflammation légère à modérée autour de la majorité des follicules pileux examinés chez les chats étudiés, sans qu’aucun problème de santé n’ait par ailleurs été identifié par le suivi vétérinaire mis en place depuis la création de cette race en 2011. Une revue récente sur les risques liés au soleil chez les animaux de compagnie rappelle par ailleurs un principe général valable pour toute peau peu couverte de poils : « comme chez l’humain, les animaux à la peau peu poilue et peu pigmentée présentent un risque plus élevé de dommages solaires, y compris de cancers liés aux ultraviolets », en particulier sur les zones peu couvertes comme la truffe et le bord des oreilles.

Relecture vétérinaire en cours de mise en place sur ce site. En attendant, ce bloc ne reprend que des sources vétérinaires vérifiables, listées en fin d’article.

Perte de poils par plaques : quand consulter, et sous quel délai

  • Prenez rendez-vous rapidement si la zone dégarnie s’accompagne de rougeur, de croûtes, de pertes de poils en plaques bien délimitées ou d’une odeur inhabituelle : plusieurs causes fréquentes de perte de poils chez le chat, comme une infection fongique de la peau, sont contagieuses pour les autres animaux et pour les humains du foyer.
  • Signalez-le au prochain bilan de routine si un Cornish Rex de plus de 5 à 8 ans développe de nouvelles zones dégarnies, un âge au-delà duquel d’autres causes de perte de poils méritent d’être envisagées en complément de la fragilité naturelle du pelage.
  • Pas d’urgence pour un cycle de dépilation habituel chez un Lykoï, tant que la peau reste saine entre deux cycles.

Le dépistage et les tests ADN

Le catalogue du laboratoire français Antagene, consulté à la date de rédaction de cet article, ne propose aucun test ADN lié au gène du poil frisé (LPAR6) ni au gène Hairless (HR) : ces deux traits se reconnaissent à l’œil, dès la naissance ou les premiers mois, sans nécessiter de prélèvement génétique. Pour le Lykoï, race encore récente et peu répandue, la vigilance repose surtout sur le sérieux du suivi vétérinaire mis en place par l’éleveur : posez la question directement, l’étude de référence sur la race souligne l’importance de ce suivi continu depuis sa création.

Vivre avec, au quotidien

La priorité au quotidien tient en deux gestes simples : protéger la peau exposée du soleil direct aux heures chaudes, notamment près d’une fenêtre ensoleillée où ces chats aiment se poser, et surveiller les changements de peau du chat âgé qui pourraient signaler autre chose qu’une simple fragilité du pelage. Une pièce bien chauffée en hiver profite aussi à un chat dont le pelage protège moins du froid que celui d’un chat à poil normal.

Retour d’expérience, cas représentatif. Camille, propriétaire d’un chat de 15 ans : « Mon chat a un poil classique, mais une amie qui a un Cornish Rex m’a raconté sa surprise la première fois qu’elle a vu une plage plus claire apparaître sur son ventre. Elle a d’abord cru à un problème de peau, avant que sa vétérinaire ne lui explique que c’était propre à la race. Depuis, elle vérifie simplement que la peau reste saine, sans plus s’inquiéter. »

Ce qui change chez le chat de plus de 10 ans

Chez un Cornish Rex senior, les zones dégarnies liées à la fragilité du pelage ont tendance à s’étendre légèrement avec les années, en même temps que la peau elle-même s’amincit, un phénomène général du vieillissement qui rend la protection solaire encore plus utile après 10 ans. Chez un Lykoï senior, les cycles de dépilation documentés dans la littérature restent la référence : un changement de rythme franc dans ces cycles, ou l’apparition d’une zone qui ne se recomble jamais, mérite d’être signalé au vétérinaire plutôt que d’être attribué par défaut à l’âge.

Questions fréquentes

Un Cornish Rex peut-il devenir complètement chauve en vieillissant ?

Non, ce n’est pas ce que décrit la littérature disponible sur la race. Le pelage reste présent mais fin et sujet à des zones plus claires, surtout sur le ventre ; une calvitie complète doit faire chercher une autre cause.

Le Lykoï souffre-t-il de perdre ses poils par plaques ?

Rien dans l’étude de référence sur la race n’indique une douleur associée à ce phénomène. C’est une caractéristique du pelage propre à la race, distincte d’une maladie de peau douloureuse.

Faut-il mettre de la crème solaire à un chat Cornish Rex ou Lykoï ?

Limiter l’exposition directe au soleil aux heures les plus chaudes est la première mesure recommandée par la littérature vétérinaire. L’usage d’un produit spécifique sur la peau doit être discuté avec votre vétérinaire, qui validera un produit adapté aux chats.

Mon chat croisé perd ses poils par zones : est-ce la même alopécie ?

Non, ces mutations génétiques précises sont propres à ces races. Un chat croisé qui perd ses poils par zones a une autre cause à faire rechercher par un vétérinaire.

Un test ADN permet-il de savoir si un chaton sera touché ?

Non, aucun test commercial n’existe à ce jour pour ces deux traits. Chez le Lykoï, la mutation définit la race elle-même ; chez le Cornish Rex, le pelage bouclé est déjà visible à l’œil chez le chaton.

Sources

  • Buckley RM, Gandolfi B, Creighton EK, et al. Werewolf, There Wolf: Variants in Hairless Associated with Hypotrichia and Roaning in the Lykoi Cat Breed. Genes, 2020. PMC, National Library of Medicine. Consulter l’étude
  • Gandolfi B, Alhaddad H, Affolter VK, et al. To the Root of the Curl: A Signature of a Recent Selective Sweep Identifies a Mutation That Defines the Cornish Rex Cat Breed. PLoS ONE, 2013. PMC, National Library of Medicine. Consulter l’étude
  • Revue sur les cancers de la peau liés aux ultraviolets et la sécurité des écrans solaires chez les animaux de compagnie. Veterinary Sciences, 2026. PMC, National Library of Medicine. Consulter la revue

Image a la une : Karim Tab sur Pexels.