Malassezia chez le chat : dermatite, signes et traitement
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Votre Sphynx sent fort, plus fort que d’habitude, et sa peau laisse une trace grasse sur vos mains dès que vous le caressez. Vous avez déjà donné deux bains cette semaine, et le lendemain, c’est comme si de rien n’était : un cercle que connaissent bien les propriétaires de chats sans poil, et qui porte un nom, Malassezia. Chez les races de chats sans poil ou à poil très court, ce cercle du gras qui revient sans cesse a une explication précise, portée par une levure qui vit normalement sur la peau de tous les chats, mais qui prolifère chez eux beaucoup plus qu’ailleurs.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation vétérinaire. Si la peau de votre chat devient rouge, croûteuse, ou si les démangeaisons deviennent incessantes, consultez : une dermatite négligée s’infecte et se traite plus difficilement.
La dermatite à Malassezia du chat est une inflammation de la peau causée par la prolifération excessive d’une levure, Malassezia, normalement présente en petite quantité sur la peau de tous les chats. Chez le Sphynx, une étude publiée en 2009 dans le Journal of Feline Medicine and Surgery a isolé cette levure chez 26 des 32 chats étudiés, soit 81 %, contre aucun des chats de gouttière servant de témoins. Une autre étude de 2010 dans la même revue l’a retrouvée chez la totalité des 18 Sphynx en bonne santé examinés.
Ce n’est pas une infection au sens classique : c’est un déséquilibre. La peau sans protection de poil de ces races produit davantage de sébum, un film gras naturel, et cet excès nourrit la levure.
Ce qui se passe sur la peau de votre chat
Chez tous les chats, la peau porte une petite communauté de champignons microscopiques, dont la levure Malassezia, sans que cela pose de problème. Le poil joue normalement un rôle protecteur : il limite l’humidité de surface et régule en partie la production de sébum, le film gras qui hydrate la peau.
Le Sphynx (une peau sans poil) et le Devon Rex (un poil très fin et clairsemé) n’ont pas cette protection. Leur peau compense en produisant davantage de sébum, ce qui donne cet aspect gras caractéristique au toucher. Ce sébum en excès devient un terrain de culture pour la levure, qui prolifère alors bien au-delà de sa présence habituelle. L’étude de 2010 a montré que la levure isolée sur les aisselles et l’aine de Sphynx en bonne santé atteignait des niveaux comparables à ceux mesurés chez des Devon Rex déjà malades, ce qui illustre à quel point cette colonisation est intense chez ces races même sans symptôme visible.
Quand l’équilibre bascule vers une vraie dermatite, la peau devient grasse au point de coller, dégage une odeur forte, rougit, et le chat se gratte ou se lèche de façon excessive, ce qui peut à son tour irriter davantage la zone.
Les races concernées
Les deux races les plus documentées pour cette prédisposition partagent un point commun : l’absence ou la quasi-absence de poil protecteur.
| Race | Fréquence chez la race | Âge d’apparition | Conséquence |
|---|---|---|---|
| Devon Rex | Fréquente | 1 à 5 ans | Peau grasse et odorante, démangeaisons, traitements antifongiques répétés |
| Sphynx | Fréquente | 6 mois à 5 ans | Peau grasse et odorante, démangeaisons, otites, bains et antifongiques réguliers |
Les chats croisés et de gouttière, avec leur poil complet, développent beaucoup plus rarement ce type de dermatite : le facteur déclenchant principal, chez eux, est presque toujours une autre maladie de peau ou une allergie sous-jacente, pas une prédisposition de race. Avoir un Sphynx ou un Devon Rex n’annonce pas à coup sûr une dermatite : c’est un terrain à surveiller, pas une fatalité.
Dermatite à Malassezia : les signes à repérer à la maison
- Une peau qui laisse un film gras et jaunâtre sur vos mains ou sur le tissu de son panier.
- Une odeur forte, un peu rance, qui revient rapidement après un bain.
- Des plis de peau (cou, aisselles, entre les coussinets) plus sales ou plus foncés que le reste du corps.
- Un chat qui se lèche, se gratte ou se frotte plus que d’habitude sur certaines zones.
- Des oreilles qui produisent davantage de cérumen sombre, avec parfois une odeur associée.
Les 5 signaux de vigilance du chat senior, appliqués à cette maladie
- La soif. Non concernée directement par cette maladie de peau ; une soif qui augmente doit faire chercher ailleurs.
- L’appétit. Généralement conservé, sauf inconfort général marqué chez un chat déjà affaibli.
- Le poids. Stable dans la grande majorité des cas ; une perte de poids associée doit alerter sur autre chose.
- La mobilité. Peut diminuer si le chat évite de se faire toucher sur une zone irritée, ou s’il dort moins bien à cause des démangeaisons.
- Le comportement. Un léchage ou un grattage répétitif, localisé toujours au même endroit, est souvent le tout premier signal visible.
🩺 Ce que dit la littérature vétérinaire
Deux études publiées dans le Journal of Feline Medicine and Surgery ont caractérisé cette prédisposition. La première, en 2009, a comparé des Sphynx en bonne santé et des Sphynx présentant une peau grasse : les cinq chats atteints de séborrhée portaient tous Malassezia pachydermatis sur plusieurs sites cutanés, contre une colonisation plus limitée chez les chats sains. La seconde, en 2010, a précisé la répartition des espèces chez le Sphynx sain : Malassezia pachydermatis représentait environ 84 % des isolats, et une seconde espèce, Malassezia nana, était retrouvée majoritairement dans les conduits auditifs.
Ces deux études portent sur de petits effectifs (18 et 32 chats) recrutés parmi des chats de propriétaires, pas sur un échantillon représentatif de toutes les populations Sphynx ou Devon Rex dans le monde : elles montrent une tendance forte et cohérente, pas un chiffre de prévalence à appliquer tel quel à votre chat.
Quand consulter, et sous quel délai
- Prenez rendez-vous sous 24 à 48 heures si la peau devient rouge, si des croûtes apparaissent, ou si le grattage devient continu.
- Prenez rendez-vous dans la semaine si l’odeur et le gras reviennent systématiquement après chaque bain, sans lésion visible pour l’instant.
- Contactez votre vétérinaire rapidement si une oreille devient douloureuse au toucher ou dégage une odeur inhabituelle : une otite associée se traite d’autant mieux qu’elle est prise tôt.
Le dépistage chez le Sphynx et le Devon Rex
Il n’existe pas de test ADN prédictif pour la dermatite à Malassezia elle-même : ce n’est pas une maladie génétique au sens strict, mais la conséquence d’une peau sans protection pileuse, elle-même liée à des gènes bien identifiés et déjà testables chez ces races (le gène responsable de l’absence de poil chez le Sphynx, un autre chez le Devon Rex). Un test de race confirme le type de poil, pas le risque de dermatite.
Ce qui se surveille vraiment : demandez à l’éleveur si les parents ont déjà nécessité des soins de peau réguliers, et prévoyez, dès l’adoption, une routine d’entretien cutané plutôt que d’attendre les premiers symptômes.
Traitement et hygiène : vivre avec au quotidien
La base de la prise en charge est mécanique avant d’être médicamenteuse : retirer régulièrement l’excès de sébum limite la nourriture disponible pour la levure. Un bain hebdomadaire ou bimensuel avec un shampoing adapté aux chats, prescrit par votre vétérinaire, fait généralement partie du protocole. En cas de dermatite installée, un traitement antifongique local ou général peut être nécessaire : il se décide et se dose uniquement avec votre vétérinaire, jamais en automédication.
Retour d’expérience, cas représentatif. Camille, propriétaire d’un chat de 15 ans : « Je n’ai pas de Sphynx, mais une amie éleveuse m’a expliqué qu’elle baignait ses chats presque chaque semaine depuis qu’ils sont petits, pas parce qu’ils étaient malades, mais pour ne jamais laisser le gras s’accumuler. Elle dit que c’est devenu un geste aussi automatique que la brosse pour un chat à poil long. »
Nettoyer régulièrement les plis de peau et les oreilles avec un produit adapté, sécher soigneusement le chat après le bain, et surveiller les zones à risque (cou, aisselles, entre les doigts) font partie des gestes simples qui limitent les récidives.
Ce qui change chez le chat de plus de 10 ans
Un Sphynx ou un Devon Rex senior qui a déjà connu plusieurs épisodes de dermatite à Malassezia dans sa vie a souvent une peau plus sensible avec l’âge. Le vieillissement s’accompagne parfois d’un ralentissement du toilettage naturel, comme évoqué dans notre article sur le chat âgé qui ne se toilette plus, ou trop, ce qui laisse le sébum s’accumuler plus longtemps sur la peau. Un chat senior de ces races bénéficie donc d’un suivi cutané au moins aussi régulier qu’au début de sa vie, pas moins, en particulier si sa mobilité diminue et qu’il se toilette moins bien seul les zones difficiles d’accès.
Questions fréquentes
La dermatite à Malassezia est-elle contagieuse pour un autre chat ou pour moi ?
Cette levure vit normalement sur la peau de la plupart des mammifères, humains compris, sans transmission problématique dans les conditions habituelles de vie commune. Ce sont le terrain cutané et la production de sébum qui font la différence, pas un contact contaminant.
Faut-il baigner un Sphynx même s’il n’a aucun symptôme ?
C’est une pratique courante chez les éleveurs et propriétaires de cette race, en prévention plutôt qu’en traitement. Le rythme exact se discute avec votre vétérinaire selon la peau de votre chat.
Un chat à poil normal peut-il développer cette dermatite ?
Oui, mais c’est nettement plus rare et cela signale presque toujours un problème sous-jacent (allergie, autre maladie de peau, trouble hormonal), à faire rechercher par votre vétérinaire plutôt qu’une prédisposition de race.
Les otites sont-elles systématiques chez le Sphynx ?
Non, mais les conduits auditifs de cette race hébergent souvent une levure apparentée, retrouvée dans les études citées plus haut. Une oreille qui produit plus de cérumen ou dégage une odeur mérite un contrôle vétérinaire.
Existe-t-il un traitement qui guérit définitivement la Malassezia du chat ?
La tendance à produire plus de sébum est liée à l’absence de poil protecteur et ne se guérit pas : on parle de contrôle durable par l’hygiène cutanée régulière et, si besoin, un traitement antifongique ponctuel prescrit par votre vétérinaire.
Sources
- ÅHMAN S. E., BERGSTRÖM K. E. Cutaneous carriage of Malassezia species in healthy and seborrhoeic Sphynx cats and a comparison to carriage in Devon Rex cats. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2009, vol. 11, n°12, p. 970-976. Consulter l’article
- VOLK A. V., BELYAVIN C. E., VARJONEN K. et coll. Malassezia pachydermatis and M nana predominate amongst the cutaneous mycobiota of Sphynx cats. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2010, vol. 12, n°12, p. 917-922. Consulter l’article
- INTERNATIONAL CAT CARE. Sphynx. Fiche de race. Consulter la fiche
Chiffres relevés le 12 septembre 2026.
Image a la une : Alexey Demidov sur Pexels.
