Maladie

Myopathie congénitale du Devon Rex et du Sphynx : les signes

Par Sophia · octobre 30, 2026 · 9 min de lecture

Chaton Sphynx allongé sur une couverture, illustrant la faiblesse musculaire de la myopathie congénitale.
Sommaire

Votre chaton Devon Rex ou Sphynx a du mal à sauter sur le canapé, il pose parfois la tête sur ses gamelles comme s’il n’avait plus la force de la tenir droite, et il se fatigue après quelques minutes de jeu. Ces signes, apparus tôt dans sa vie, ne sont pas de la mollesse de chaton : chez ces deux races, ils peuvent évoquer une maladie musculaire héréditaire rare, connue et étudiée depuis les années 1990.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation vétérinaire. Si votre chaton régurgite après chaque repas, semble s’étouffer en mangeant, ou présente une faiblesse qui s’aggrave, consultez rapidement : le risque principal de cette maladie est une fausse route alimentaire pouvant entraîner une pneumonie.

Chez le Devon Rex et le Sphynx, une faiblesse musculaire qui apparaît entre 3 semaines et environ 6 mois peut évoquer une myopathie congénitale héréditaire, causée par une variante du gène COLQ identifiée en 2015 par une équipe de génétique féline américaine. Elle touche la jonction entre les nerfs et les muscles, un peu comme une forme féline de myasthénie.

Point important : un test ADN existe désormais pour identifier les chats porteurs et affirmer le diagnostic, ce qui n’était pas possible avant cette découverte.

Ce qui se passe dans le corps de votre chat

Un muscle ne bouge que sur ordre d’un nerf, et cet ordre passe par une petite zone de contact appelée jonction neuromusculaire, un peu comme une prise électrique entre le fil nerveux et la fibre musculaire. Chez les chats atteints, une protéine nommée COLQ, qui ancre normalement une enzyme à cet endroit précis, présente une anomalie génétique qui perturbe la transmission du signal.

Résultat : les muscles reçoivent un signal affaibli et se fatiguent anormalement vite. C’est ce que les vétérinaires appellent un syndrome myasthénique congénital, une maladie très proche de la myasthénie que l’on connaît chez l’humain, où le même gène est en cause dans une partie des cas.

Les races concernées

RaceFréquenceÂge d’apparitionConséquence
Devon RexRare (porteurs sains estimés à environ 2 % de la race)3 semaines à 6 moisFaiblesse musculaire progressive, fausses déglutitions, risque de pneumonie ; test ADN disponible
SphynxRare (porteurs sains estimés à environ 0,2 % de la race)3 semaines à 6 moisFaiblesse musculaire progressive, fausses déglutitions, risque de pneumonie ; test ADN disponible
La maladie a d’abord été décrite chez le Devon Rex sous le nom de « spasticité », avant qu’une forme identique soit identifiée chez le Sphynx, race génétiquement proche. On sait depuis 2015 qu’il s’agit de la même anomalie du gène COLQ dans les deux races.

Une prédisposition de race n’est jamais une fatalité : la grande majorité des Devon Rex et des Sphynx ne développent jamais cette myopathie, et un dépistage chez les reproducteurs permet d’éviter les naissances de chatons atteints. Les chats croisés et de gouttière, très largement majoritaires en France, ne sont pas concernés par cette variante génétique précise, qui n’a été retrouvée dans aucune des 26 autres races testées par l’étude de 2015. D’autres maladies rares du chat, comme le défaut craniofacial du Burmese ou l’hémophilie B, suivent la même logique : un facteur de risque propre à une race, jamais une généralité sur tous ses représentants.

Les signes que vous pouvez repérer à la maison

  • Une difficulté à sauter, même sur des hauteurs modestes.
  • Une tête qui pend ou qui se pose contre les objets, comme si le cou manquait de force.
  • Des omoplates qui ressortent anormalement sur le dos, plus visibles que chez un chaton du même âge.
  • Un chaton qui régurgite après les repas ou qui semble avaler de travers.
  • Une fatigue marquée après un jeu bref, alors que le chaton semblait motivé au départ.

Les 5 signaux de vigilance du chat senior, appliqués à ce cas

Cette maladie touche presque toujours le chaton, mais un chat qui a grandi avec une forme stable garde ces repères utiles toute sa vie.

  1. La soif. Non caractéristique de cette maladie ; à surveiller comme chez tout chat.
  2. L’appétit. Un chat qui mange moins parce qu’avaler le fatigue ou l’inquiète mérite un avis vétérinaire.
  3. Le poids. Une perte de poids chez un chat qui peine à s’alimenter correctement doit alerter.
  4. La mobilité. Le signe le plus parlant ici : moins de sauts, moins d’énergie, une démarche qui se voûte.
  5. Le comportement. Un chat qui évite le jeu ou se replie peut simplement chercher à ménager ses forces.

🩺 Ce que dit la littérature vétérinaire

Décrite pour la première fois chez le Devon Rex en 1993 puis chez le Sphynx en 2008, cette myopathie a longtemps été mal comprise. Une étude de génétique féline publiée en 2015 a identifié la cause exacte : une variante du gène COLQ, présente chez environ 2 % des Devon Rex et 0,2 % des Sphynx testés à l’état porteur, transmise selon un mode récessif (il faut deux parents porteurs pour qu’un chaton soit atteint). Les signes cliniques rapportés par ces études incluent une flexion passive de la tête et du cou, un dandinement de la tête, une saillie des omoplates, un mégaœsophage (un œsophage qui se dilate et se contracte mal) et une fatigabilité musculaire apparaissant entre 3 et 23 semaines de vie selon les cas suivis.

Ces mêmes études rapportent que le principal risque vital de la maladie est une fausse route alimentaire, par étouffement ou par pneumonie liée à une inhalation de nourriture, du fait de la faiblesse des muscles de la gorge.

Relecture vétérinaire en cours de mise en place sur ce site. En attendant, ce bloc ne reprend que des sources vétérinaires vérifiables, listées en fin d’article.

Quand consulter, et sous quel délai

  • Contactez immédiatement votre vétérinaire ou une clinique d’urgence si votre chaton s’étouffe visiblement en mangeant, tousse après les repas ou respire difficilement.
  • Prenez rendez-vous sous 48 heures si vous observez une faiblesse qui progresse, des difficultés à sauter ou une posture inhabituelle de la tête et du cou.
  • Signalez toute régurgitation répétée, même sans autre symptôme : c’est le point de vigilance principal de cette maladie.

Le dépistage et le test ADN

Depuis 2015, un test ADN permet d’identifier les chats porteurs de la variante du gène COLQ chez le Devon Rex et le Sphynx. Comme la transmission est récessive, un chat porteur d’une seule copie ne développe pas la maladie mais peut la transmettre : demandez à l’éleveur si les deux parents ont été testés avant de reproduire. Le diagnostic chez un chat qui présente des signes repose sur un examen clinique complété d’un électromyogramme, un examen réalisé sous anesthésie générale, ce qui suppose les mêmes précautions de base que celles décrites pour la sensibilité anesthésique et vaccinale chez d’autres races récentes.

Vivre avec, au quotidien

Un chat dont la maladie reste stable, ce qui est le cas rapporté pour une partie des chats suivis, peut vivre avec des aménagements simples : des repas fractionnés, parfois donnés en position surélevée sur avis vétérinaire pour limiter le risque de fausse déglutition, et un environnement qui ne demande pas de sauts importants.

Retour d’expérience, cas représentatif. Camille, propriétaire d’un chat de 15 ans : « Une amie éleveuse de Sphynx m’a raconté le suivi d’un chaton diagnostiqué à deux mois : gamelle surélevée, petites portions, et une vigilance de tous les instants sur la toux après les repas. Des années plus tard, le chat vit toujours, avec une démarche un peu particulière que ses propriétaires ont fini par ne plus remarquer. »

Ce qui change chez le chat de plus de 10 ans

Les études disponibles suivent surtout de jeunes chats, certains décédés dans l’année suivant le diagnostic, d’autres dont la maladie est restée stable pendant des mois voire des années. Un chat qui atteint l’âge senior avec cette myopathie ancienne doit faire distinguer, à chaque nouveau symptôme, ce qui relève de la maladie connue de longue date et ce qui relève d’un problème nouveau lié à l’âge (arthrose, maladie rénale, thyroïde) : la faiblesse d’un vieux chat n’a pas forcément la même cause que celle de son enfance.

Questions fréquentes

Cette maladie est-elle la même chose que la « spasticité » du Devon Rex ?

Oui. « Spasticité » est le nom donné à la maladie lors de sa première description chez le Devon Rex en 1993. On sait depuis 2015 qu’il s’agit du même syndrome myasthénique congénital que celui décrit chez le Sphynx, causé par la même variante du gène COLQ.

Un chaton né de deux parents non testés peut-il être en bonne santé ?

Oui, la plupart des chatons de ces races ne sont pas atteints : la variante reste rare, portée par environ 2 % des Devon Rex et 0,2 % des Sphynx testés. Le test ADN des parents reste la seule façon de savoir avec certitude s’ils sont porteurs.

Existe-t-il un traitement qui guérit cette myopathie ?

Non, il n’existe pas de traitement qui guérit cette maladie génétique. Des pistes de prise en charge, inspirées de maladies humaines proches, sont explorées au cas par cas par des vétérinaires spécialisés en neurologie ; elles se décident toujours en consultation, jamais seul.

Faut-il renoncer à adopter un chaton Devon Rex ou Sphynx à cause de cette maladie ?

Non. C’est une maladie rare et le test ADN permet aujourd’hui aux éleveurs sérieux d’écarter les accouplements à risque. Demander les résultats de dépistage des parents reste la meilleure précaution avant d’adopter.

Un chat porteur mais non atteint peut-il quand même avoir des symptômes plus tard ?

Non, selon les études disponibles, la maladie suit une transmission récessive : un chat porteur d’une seule copie de la variante ne développe pas les symptômes. Seul un chat porteur des deux copies est concerné.

Sources

  • GANDOLFI B., GRAHN R. A., CREIGHTON E. K. et coll. COLQ variant associated with Devon Rex and Sphynx feline hereditary myopathy. Animal Genetics, 2015, vol. 46, n°6, p. 711-715. Consulter le texte intégral
  • MARTIN P. T., SHELTON G. D., DICKINSON P. J. et coll. Muscular dystrophy associated with alpha-dystroglycan deficiency in Sphynx and Devon Rex cats. Neuromuscular Disorders, 2008, vol. 18, n°12, p. 942-952. Consulter le texte intégral

Chiffres et recherches relevés le 12 septembre 2026.

Image a la une : Lorenzo Manera sur Pexels.

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