Douleur du chat : la reconnaître sur son visage
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Votre chat de quinze ans dort davantage, se met en boule autrement, vous regarde différemment. Vous vous demandez s’il a mal : la douleur du chat se voit peu, et il ne vous le dira pas. Depuis 2019, il existe un outil vétérinaire construit exactement pour cette question : une grille qui note cinq zones du visage du chat. Elle est publique, gratuite, et elle a été testée sur des propriétaires. Reste à savoir ce qu’elle mesure réellement, sur quels chats elle a été mise au point, et ce qu’elle ne vous autorise pas à conclure chez vous.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation vétérinaire. Il ne pose aucun diagnostic et ne vous apprend pas à décider seul si votre chat a mal. Il décrit un outil publié, ses chiffres et ses limites, pour que vous sachiez quoi observer et quoi décrire au vétérinaire. Aucune ligne de cette page ne consiste à donner un médicament sans prescription : les antidouleurs destinés à l’être humain sont dangereux pour le chat.
L’essentiel. Pour repérer la douleur du chat, la grille des expressions faciales, publiée en 2019 par une équipe de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal dans Scientific Reports, note cinq zones du visage de 0 à 2 chacune, soit 10 points au maximum. Au-dessus de 0,39 sur 1, les auteurs considèrent qu’un traitement antidouleur est justifié. Trois choses à retenir avant de l’utiliser : elle a été mise au point sur 31 chats douloureux d’un service d’urgences, âgés en moyenne de 6,3 ans, donc pas sur des chats âgés ; elle est validée pour la douleur aiguë, pas pour l’usure douloureuse des articulations d’un vieux chat ; et quand 1 540 propriétaires l’ont utilisée sur des images, leur accord entre eux valait 0,65 sur 1 pour la note totale, contre 0,85 pour les vétérinaires du même travail.
Reconnaître la douleur du chat : cinq zones du visage notées de 0 à 2
L’outil s’appelle en anglais la Feline Grimace Scale, ce qu’on peut traduire par grille des expressions faciales du chat. Il a été construit en comparant les visages de chats douloureux et de chats non douloureux, puis en retenant les cinq caractéristiques qui différaient systématiquement entre les deux groupes.
Chaque zone reçoit 0 si le signe est absent, 1 s’il est modéré ou si l’observateur hésite sur sa présence, et 2 s’il est évident. Cette option intermédiaire compte : dans la grille d’origine, l’incertitude ne vaut pas zéro, elle vaut un demi-point de plus vers la douleur. La note totale est la somme divisée par le maximum possible, ce qui donne un résultat entre 0 et 1.
| Zone du visage | Ce que la grille demande de regarder | Accord entre les 4 évaluateurs de 2019 | Accord entre 1 540 propriétaires en 2023 |
|---|---|---|---|
| Oreilles | Pointes écartées l’une de l’autre et pivotées vers l’extérieur | 0,87 | 0,65 |
| Yeux | Ouverture rétrécie, hauteur entre les paupières inférieure à la moitié de la largeur de l’œil, ou œil fermé serré | 0,86 | 0,69 |
| Museau | Museau aplati et étiré, passant d’une forme ronde à une forme ovale | 0,63 | 0,58 |
| Moustaches | Moustaches portées vers l’avant, écartées de la face, comme dressées | 0,55 | 0,37 |
| Position de la tête | Tête sous la ligne des épaules, ou inclinée vers le bas, menton vers la poitrine | 0,90 | 0,38 |
| Note totale | Somme des cinq, divisée par le maximum possible | 0,89 | 0,65 |
Deux lignes de ce tableau méritent qu’on s’y arrête. Les moustaches sont la zone sur laquelle les observateurs s’accordent le moins, quel que soit leur métier. Dans l’étude de 2019, c’est aussi la zone que les évaluateurs ont le plus souvent déclarée impossible à noter : 10,2 % des images, contre 0 % pour les yeux. Et la position de la tête, la zone la plus fiable pour les quatre évaluateurs de 2019 avec 0,90, tombe à 0,38 chez les propriétaires de 2023. Les auteurs eux-mêmes qualifient ce résultat d’inattendu et avancent deux hypothèses : le petit nombre d’images de cette enquête, et le fait que les participants pouvaient répondre depuis un téléphone ou une tablette plutôt que depuis un écran d’ordinateur.
Sur quels chats la grille a été construite : moyenne d’âge 6,3 ans
C’est le point que le web francophone ne dit jamais, et c’est celui qui compte le plus pour vous.
Cinquante chats de propriétaires ont été recrutés au service d’urgences et de soins intensifs du centre hospitalier universitaire vétérinaire de l’Université de Montréal, entre mars et novembre 2017. Onze ont été écartés. Les 31 chats retenus pour construire la grille avaient un âge moyen de 6,3 ans, avec un écart type de 3,6 ans. Pour la phase de validation, 35 chats de propriétaires ont été inclus, d’âge moyen 6,8 ans, écart type 3,8 ans. La plupart présentaient une douleur abdominale : lipidose hépatique, cholangite, pancréatite, maladie inflammatoire de l’intestin, corps étranger suspecté, lymphome, constipation, obstruction de l’urètre, calculs urinaires, cystite idiopathique.
Le groupe de comparaison, celui qui définit à quoi ressemble un visage sans douleur, était composé de 20 chats sains issus de la colonie de l’établissement, d’âge moyen 3,1 ans, écart type 1,1 an. Les deux groupes ne diffèrent donc pas seulement par la douleur : ils diffèrent aussi par l’âge et par le mode de vie. Les auteurs rapportent avoir testé l’effet du sexe sur les notes, qui était sans effet (p = 0,63). Le texte ne rapporte pas de test équivalent pour l’âge.
🩺 Ce que dit la littérature vétérinaire
Une revue systématique publiée en 2026 dans le Journal of Veterinary Internal Medicine a passé en revue 25 études portant sur 15 instruments de mesure de la douleur chez le chien et le chat. Elle place cette grille faciale parmi les trois instruments félins présentant « le plus haut niveau de qualité de preuve », avec l’échelle multidimensionnelle UNESP-Botucatu et sa version courte. Cette revue a explicitement exclu de son périmètre les travaux portant sur la douleur chronique. Autrement dit : l’outil est solide, et il est solide pour ce pour quoi il a été fait, une douleur qui vient de s’installer.
Le seuil de 0,39 vient de 110 images notées par une seule personne
Le chiffre le plus repris de cette grille est le seuil au-delà duquel un antidouleur est jugé nécessaire : une note supérieure à 0,39 sur 1, que les publications suivantes de la même équipe reformulent en 4 points ou plus sur 10 lorsque les cinq zones sont notables. Voici comment il a été obtenu.
Les 110 images de l’étude ont été classées en « douleur présente » ou « douleur absente » selon une autre échelle déjà validée, l’échelle de Glasgow, appliquée par un seul observateur. Cela a donné 43 images douloureuses et 67 non douloureuses. Le seuil de 0,39 a ensuite été choisi comme celui offrant le meilleur compromis, avec une sensibilité de 90,7 % et une spécificité de 86,6 %.
Le papier publie ces deux pourcentages sans les effectifs correspondants. Ramenés aux 43 et aux 67 images, ils ne peuvent correspondre qu’à 39 images sur 43 et 58 images sur 67, seuls nombres entiers compatibles avec les valeurs publiées. Le calcul redonne bien 39 divisé par 43 égale 90,7 %, et 58 divisé par 67 égale 86,6 %. Ce qui signifie, en clair : sur ces 110 images, la grille s’est trompée 4 fois sur les chats jugés douloureux et 9 fois sur les chats jugés non douloureux.
- Le seuil dépend d’une autre échelle. Il ne mesure pas la douleur en soi, il mesure l’accord avec le jugement porté par l’échelle de Glasgow, appliquée par un observateur unique.
- Il a été établi sur des images, pas au chevet du chat. Les auteurs écrivent que d’autres travaux sont nécessaires pour le confirmer en situation clinique réelle.
- Il n’est pas gravé. Les auteurs précisent qu’il s’agit d’un guide d’aide à la décision et que d’autres valeurs peuvent être adoptées selon la sensibilité et la spécificité recherchées.
Un détail rarement cité mérite d’être connu, parce qu’il évite un contresens. La réponse au traitement a été évaluée sur 15 chats seulement, qui ont reçu des médicaments différents à des doses différentes : butorphanol pour 9 d’entre eux, buprénorphine pour 4, hydromorphone pour 1, méloxicam pour 1. Leur note médiane est passée de 0,72 avant traitement à 0,44 une heure après (p = 0,003). La baisse est réelle et statistiquement significative. Mais 0,44 reste au-dessus du seuil de 0,39. Une note qui baisse n’est pas une note qui rassure.
Ce que valent réellement les notes d’un propriétaire
Deux travaux ont posé cette question, et ils ne disent pas tout à fait la même chose.
Le premier a porté sur cinq propriétaires
En 2021, la même équipe a comparé quatre groupes de cinq personnes chacun : propriétaires de chats, étudiants vétérinaires, auxiliaires vétérinaires et vétérinaires expérimentés servant de référence. Chacun a noté 100 images en deux séances espacées d’une semaine. Les cinq propriétaires ont été recrutés parmi les connaissances des investigateurs, six ayant été sollicités par courriel. Aucune formation ne leur a été donnée, seulement le manuel d’utilisation.
Résultat pour la note totale : accord entre propriétaires de 0,80 (intervalle de confiance à 95 % : 0,74 à 0,85), contre 0,86 pour les vétérinaires. L’écart moyen entre les notes des propriétaires et celles des vétérinaires était de 0,041 point, dans le sens d’une légère surestimation de la douleur par les propriétaires. Zone par zone, en revanche, l’accord entre propriétaires tombait à 0,39 pour le museau et 0,47 pour les moustaches, ce que les auteurs eux-mêmes classent comme faible.
Le second a porté sur 1 540 questionnaires
En 2023, une enquête en ligne diffusée en anglais et en espagnol par une association féline internationale a recueilli 3 039 questionnaires soumis, dont 1 540 comportant au moins une image notée et 1 262 entièrement remplis, soit 41,5 % des questionnaires soumis. Les réponses complètes venaient de 66 pays. Sur ces 1 262 personnes, 1 086 se déclaraient femmes et 140 hommes, soit 86,1 % et 11,1 %. Huit vétérinaires ont servi de comparaison. Chaque participant notait 10 images.
Les notes moyennes des propriétaires et des vétérinaires ne différaient significativement sur aucune zone, sauf le museau. Mais l’accord entre propriétaires pour la note totale était de 0,65 (intervalle 0,50 à 0,84), contre 0,85 pour les huit vétérinaires. Aucune caractéristique des participants, ni le genre, ni l’âge, ni le pays, n’a modifié les notes.
Une précision de lecture s’impose ici, et elle change l’impression que laisse le résumé de l’étude. Les publications de 2019 et 2021 déclarent utiliser une grille d’interprétation où un coefficient entre 0,5 et 0,75 se lit « modéré » et où il faut dépasser 0,75 pour lire « bon ». L’enquête de 2023 déclare en utiliser une autre, plus indulgente, où 0,61 à 0,80 se lit déjà « bon ». C’est ainsi que le même 0,65 s’affiche comme un résultat « bon » en 2023, alors qu’il aurait été qualifié de « modéré » avec la grille des deux publications précédentes. Le chiffre est le même ; c’est l’étiquette qui bouge.
Et la formation, alors ?
Les auteurs de 2019 écrivaient déjà que le rôle de la formation était un angle mort de la recherche sur ces grilles, et qu’on ignorait comment la fiabilité serait affectée par des évaluateurs débutants. Un travail de 2024 y a répondu partiellement : sept vétérinaires généralistes, sans spécialisation en douleur, ont noté 50 images avant puis après une heure de formation en ligne. Leur accord est passé de 0,75 (intervalle 0,66 à 0,83) à 0,80 (intervalle 0,73 à 0,87). Le gain existe. Il porte sur sept personnes, toutes vétérinaires. Rien d’équivalent n’a été publié pour des propriétaires formés.
Retour d’expérience, cas représentatif. Camille, propriétaire d’un chat de 15 ans : « J’ai découvert cette grille en cherchant pourquoi il restait tassé dans son panier. Ce qui m’a le plus servi, ce n’est pas la note. C’est de m’obliger à regarder une zone à la fois, pendant trois minutes, sans le toucher et sans l’appeler. Avant, je regardais mon chat entier et je concluais qu’il avait l’air fatigué. Depuis, j’arrive à dire au vétérinaire ce que j’ai vu, oreille par oreille, et à quel moment de la journée. C’est ça qu’il me demande, pas mon chiffre. »
Douleur chronique du vieux chat : cette grille mesure la douleur aiguë
C’est ici que l’enthousiasme doit s’arrêter, et il vaut mieux le dire franchement que le laisser deviner.
Toutes les études citées jusqu’ici portent sur une douleur aiguë : une maladie qui vient de se déclarer, une opération qui vient d’avoir lieu. La revue systématique de 2026 écarte explicitement la douleur chronique de son champ. Une recherche dans la base bibliographique PubMed, effectuée le 6 septembre 2026, ne renvoie aucune publication associant cette grille faciale à l’arthrose du chat, cette usure des articulations qui rend les mouvements douloureux, un peu comme des rhumatismes chez une personne âgée. C’est pourtant la douleur la plus fréquente du chat de plus de dix ans.
Les outils de la douleur chronique regardent le mouvement, pas la face
Les instruments qui existent pour cette douleur-là ne regardent pas le visage. Le principal, mis au point à la même université, s’appelle l’instrument de Montréal pour le test de l’arthrose du chat. Sa version destinée aux vétérinaires, validée en 2024 sur 32 chats naturellement arthrosiques âgés de 5,5 à 12,5 ans, repose sur quatre rubriques : la posture du corps, la démarche, le franchissement d’obstacles et l’examen à distance. Pas une seule ne concerne la face.
Ce que cela veut dire pour vous : chez un chat âgé qui a du mal à sauter sur le canapé, une note faible sur la grille des expressions faciales ne prouve pas l’absence de douleur. Elle prouve seulement que le visage ne montre pas, à cet instant, les signes d’une douleur aiguë. Le lieu où cette douleur-là se voit, c’est le mouvement, et nous en parlons dans notre article sur comment aider un chat arthrosique à se déplacer, ainsi que dans celui consacré au choix du couchage d’un chat senior arthrosique.
Si vous voulez observer chez vous, faites-le comme les chercheurs
Il existe une méthode publiée d’observation en direct, décrite en 2020 dans PeerJ sur 65 chattes de refuge opérées de stérilisation, d’âge moyen 1,37 an. La voici, telle qu’elle a été appliquée par l’observateur de l’étude.
- Trois minutes d’observation, sans interagir. Pas de caresse, pas d’appel, pas de manipulation. L’observateur ne s’adresse pas au chat.
- Une note à la fin de chaque minute. Une note par zone du visage, qui représente la minute entière écoulée, pas l’instant.
- La moyenne des trois notes. C’est cette moyenne qui constitue le résultat, pas la pire des trois.
- Une zone non visible se déclare telle quelle. Elle est retirée du calcul, et la note totale se rapporte au maximum réellement notable.
- On recommence à un autre moment de la journée. Un chat qui dort, se toilette, mange ou vocalise n’est pas notable : ces situations étaient exclues dans toutes les études citées.
Deux avertissements accompagnent cette méthode, tirés des mêmes travaux. D’abord, obtenir une image exploitable est plus difficile qu’il n’y paraît : dans l’étude de 2020, il a été impossible de tirer la moindre image utilisable de 160 des 394 vidéos enregistrées, soit 40,6 % d’entre elles. Ensuite, la notation sur image et la notation en direct ne donnent pas exactement le même résultat. Un travail publié en janvier 2026 sur 28 chats à face plate opérés des yeux, d’âge moyen 6,6 ans, a mesuré un écart moyen de 0,08 point entre image et direct, dans le sens d’une surestimation de la douleur sur image. Les auteurs concluent que chez certains chats à face plate, la notation sur photo peut exagérer la douleur.
Ce point vaut d’être retenu si votre chat est un Persan, un Himalayen, un Exotic Shorthair ou tout autre chat au museau écrasé : la grille reste utilisable, mais deux des cinq zones y sont particulièrement peu fiables, avec 0,47 pour le museau et 0,34 pour les moustaches dans ce travail. Dans l’étude fondatrice de 2019, un Persan et un Himalayen avaient d’ailleurs été recrutés puis écartés faute d’images exploitables, et les auteurs écrivaient qu’on ignorait alors si les chats à face plate présentent les mêmes signes que les autres. La majorité des chats en France sont des chats de gouttière, et c’est pour eux que la grille a été construite.
Cinq erreurs à ne pas commettre avec cette grille
- Confondre une note et un diagnostic. Une note élevée dit qu’il faut faire examiner le chat. Elle ne dit pas de quoi il souffre. Les chats de l’étude fondatrice avaient des maladies très différentes, du calcul urinaire au lymphome.
- Prendre une note basse pour une absence de douleur. Particulièrement chez un chat âgé, dont la douleur est le plus souvent chronique, terrain sur lequel la grille n’a pas été évaluée.
- Noter un chat qui vient de se réveiller ou qui se toilette. Ces moments étaient exclus de toutes les études. Une paupière plissée par le sommeil n’est pas un signe de douleur.
- Attendre de voir si le chiffre baisse. Chez les 15 chats traités de l’étude de 2019, la note médiane après une heure d’antidouleur restait au-dessus du seuil d’intervention.
- Donner un médicament sur la foi d’une note. Le choix de la molécule et de la dose dépend notamment de l’état des reins, souvent atteints chez le chat âgé. Un antidouleur humain expose le chat à des accidents graves.
Chat qui a mal : quand appeler le vétérinaire, quel que soit le chiffre
La grille est un moyen de décrire, pas un moyen de trier. Sur ce site, nous utilisons une grille de lecture simple pour le chat âgé, et chacun de ces cinq points justifie un appel, indépendamment de toute note faciale.
- La soif. Il boit visiblement plus qu’avant, sur plusieurs jours d’affilée.
- L’appétit. Il refuse ce qu’il aime d’habitude. Chez un chat âgé, un refus de manger se traite le jour même, pas la semaine suivante.
- Le poids. Il maigrit alors qu’il mange normalement, ou son dos devient anguleux sous la main.
- La mobilité. Il ne monte plus là où il montait, il hésite avant de sauter, il se réceptionne mal.
- Le comportement. Il se cache, il grogne à un endroit précis du corps, il change de lieu de couchage, il devient malpropre.
Appelez sans attendre si votre chat ne mange plus depuis 24 heures, s’il tente d’uriner sans y parvenir, s’il respire vite ou bouche ouverte, s’il vocalise de façon inhabituelle et répétée, ou s’il refuse brutalement d’être touché à un endroit précis. Ces situations ne se surveillent pas à la maison : elles se font examiner.
Pour reconnaître les autres changements du grand âge, vous pouvez aussi lire notre article sur les signes qui indiquent que votre chat devient senior et celui consacré au chat âgé qui maigrit.
Ce qu’il faut retenir
Cette grille est un vrai progrès, et une revue systématique de 2026 la classe parmi les instruments les mieux étayés de la médecine féline. Elle a un avantage que rien d’autre n’a : elle fonctionne à distance, sans toucher le chat, donc à la maison, là où il se comporte normalement.
Ce qu’elle ne permet pas de dire, en revanche, tient en deux phrases. Elle n’a pas été construite sur des chats âgés : moyenne d’âge 6,3 ans dans le groupe qui a servi à l’élaborer, contre 3,1 ans dans le groupe de comparaison. Et elle n’a pas été évaluée sur la douleur chronique, qui est justement la douleur du vieux chat. Utilisez-la pour mieux observer et mieux décrire. Ne l’utilisez pas pour décider à la place du vétérinaire.
Questions fréquentes
Grille de la douleur du chat : à partir de quel score s’inquiéter ?
Les auteurs retiennent une note supérieure à 0,39 sur 1, soit 4 points ou plus sur 10 quand les cinq zones sont notables, comme seuil au-delà duquel un traitement antidouleur est justifié. Ce seuil a été établi sur 110 images, dont 43 classées douloureuses et 67 non douloureuses, par comparaison avec une autre échelle appliquée par un observateur unique. C’est un repère pour un vétérinaire, pas une consigne pour un propriétaire.
Est-il prouvé qu’un propriétaire peut utiliser cette grille chez lui ?
Non, pas au sens strict. Deux travaux ont testé des propriétaires, mais toujours sur des images de chats hospitalisés ou opérés : cinq personnes en 2021, puis 1 540 questionnaires en 2023. Nous n’avons trouvé aucune étude ayant mesuré ce que donne cette grille appliquée par un propriétaire à son propre chat, chez lui. Les auteurs de 2021 écrivent que la grille peut être utilisée de façon fiable par des personnes non formées et « potentiellement » à domicile. Ce mot est le leur, et il vaut ce qu’il dit : une extrapolation, pas une mesure.
Ma vieille chatte a de l’arthrose, puis-je suivre sa douleur avec cette grille ?
Les sources publiées ne le permettent pas. Cette grille a été développée et validée pour la douleur aiguë. La revue systématique de 2026 exclut la douleur chronique de son périmètre, et nous n’avons trouvé aucune publication l’évaluant sur l’arthrose du chat. Les instruments validés pour cette douleur-là observent la posture, la démarche et le franchissement d’obstacles, pas le visage.
Mon chat est un Persan, la grille marche-t-elle sur lui ?
Partiellement. Une étude de janvier 2026 portant sur 28 chats à face plate opérés des yeux montre que la note totale reste utilisable, mais que l’accord entre observateurs tombe à 0,47 pour le museau et 0,34 pour les moustaches. Ce travail relève aussi que la notation sur photo tend à surestimer la douleur chez certains de ces chats. Dans l’étude fondatrice de 2019, aucun chat à face plate n’avait pu être retenu dans l’analyse finale.
Faut-il une formation pour s’en servir ?
Elle aide, dans la seule mesure publiée. Sept vétérinaires généralistes ont vu leur accord passer de 0,75 à 0,80 après une heure de formation en ligne, en 2024. Les auteurs de 2019 signalaient que l’effet de la formation sur ces grilles restait un point mal étudié. Un manuel d’utilisation est mis à disposition gratuitement par l’équipe qui a créé la grille.
Puis-je donner un antidouleur à mon chat ?
Pas sans prescription. Les antidouleurs destinés à l’être humain sont dangereux pour le chat et l’exposent à des accidents graves. Le choix de la molécule et de la dose revient au vétérinaire : il dépend notamment de l’état des reins, souvent atteints chez le chat âgé. Une note élevée sur la grille dit qu’il faut faire examiner le chat, pas quel médicament lui donner.
Le chiffre remplace-t-il la consultation ?
Non, et l’inverse est vrai : il sert à préparer la consultation. Ce qui intéresse un vétérinaire, c’est ce que vous avez vu chez vous, à quel moment, sur quelle zone du corps, et depuis combien de jours. Ce sont des informations que l’examen en cabinet ne produit pas, parce qu’un chat stressé ne se comporte pas comme un chat chez lui.
Sources
- EVANGELISTA M. C., WATANABE R., LEUNG V. S. Y. et coll. Facial expressions of pain in cats: the development and validation of a Feline Grimace Scale. Scientific Reports, 2019, vol. 9, article 19128. Recrutement des 50 chats aux urgences du centre hospitalier universitaire vétérinaire de l’Université de Montréal, critères d’exclusion, âges et diagnostics, définition des cinq zones, coefficients d’accord par zone (tableau 2), pourcentages de zones non notables, seuil de 0,39 et courbe ROC sur 110 images, réponse au traitement sur 15 chats, limites déclarées par les auteurs. Consulter l’étude
- EVANGELISTA M. C., STEAGALL P. V. Agreement and reliability of the Feline Grimace Scale among cat owners, veterinarians, veterinary students and nurses. Scientific Reports, 2021, vol. 11, article 5262. Composition des quatre groupes de cinq évaluateurs, recrutement des propriétaires, absence de formation formelle, accords par groupe et par zone, écarts avec le groupe vétérinaire, limites déclarées. Consulter l’étude
- MONTEIRO B. P., LEE N. H. Y., STEAGALL P. V. Can cat caregivers reliably assess acute pain in cats using the Feline Grimace Scale? A large bilingual global survey. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2023, vol. 25, n° 1. Nombre de questionnaires soumis, complets et partiels, pays d’origine, répartition par genre, accords par zone et grille d’interprétation retenue, hypothèses des auteurs sur la position de la tête, limites de l’échantillonnage de convenance. Consulter l’étude
- EVANGELISTA M. C., BENITO J., MONTEIRO B. P. et coll. Clinical applicability of the Feline Grimace Scale: real-time versus image scoring and the influence of sedation and surgery. PeerJ, 2020, vol. 8, e8967. Effectif et âge des 65 chattes, protocole d’observation en direct sur trois minutes, nombre de vidéos sans image exploitable, écart entre notation en direct et sur image. Consulter l’étude
- ROBINSON A. R., STEAGALL P. V. Effects of training on Feline Grimace Scale scoring for acute pain assessment in cats. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2024, vol. 26, n° 10. Sept vétérinaires généralistes, 50 images, accord avant et après une heure de formation en ligne. Consulter l’étude
- MARANGONI S., CHOW D., GARBIN M. et coll. Challenges using the Feline Grimace Scale in brachycephalic cats with ocular pain. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2026, vol. 28, n° 1. Vingt-huit chats à face plate, âge moyen, accords par zone, écart entre notation en direct et sur image. Consulter l’étude
- LEE J., STEAGALL P. V. A systematic review of acute pain scoring instruments and their measurement properties in cats and dogs. Journal of Veterinary Internal Medicine, 2026, vol. 40, n° 1. Vingt-cinq études, quinze instruments, classement du niveau de preuve, exclusion explicite de la douleur chronique du périmètre de la revue. Consulter la revue
- DELSART A., OTIS C., LEUNG V. S. Y. et coll. Concurrent validation of MI-CAT(V), a clinical metrology instrument for veterinarians assessing osteoarthritis pain in cats. Animals, 2024, vol. 14, n° 5, article 711. Instrument destiné à la douleur arthrosique, effectif et âges des 32 chats, composition en quatre rubriques d’observation du mouvement. Consulter l’étude
- Site officiel de la grille, tenu par l’équipe qui l’a créée, avec le manuel d’utilisation en accès libre. Consulter le manuel
Les traductions des passages en anglais sont les nôtres. Les effectifs de 39 images sur 43 et de 58 sur 67 ne figurent pas tels quels dans la publication de 2019 : ce sont les seules valeurs entières compatibles avec les pourcentages qu’elle publie, et nous les donnons comme une reconstitution arithmétique, pas comme une donnée citée. L’absence de publication associant cette grille à l’arthrose du chat résulte d’une interrogation de la base PubMed et vaut pour ce qu’elle est, une absence constatée dans cette base à cette date. Sources consultées et chiffres relevés le 6 septembre 2026.
Image a la une : Gaaxb sur Pexels.
