Maladie

Atrophie rétinienne du chat : races, signes et tests ADN

Par Sophia · septembre 28, 2026 · 10 min de lecture

Chat aux pupilles dilatées dans une pièce en pénombre, illustrant la baisse de vision nocturne liée à l'atrophie rétinienne progressive.
Sommaire

Depuis quelques semaines, votre chat hésite le soir dans le couloir, alors qu’il s’y déplaçait sans hésiter jusque-là. Il évite un meuble qu’il connaît par cœur en plein jour, mais semble mal l’estimer dès que la lumière baisse : c’est en général ainsi que se manifeste d’abord une atrophie rétinienne chez le chat. Ce genre de changement, discret au début, inquiète toujours un propriétaire attentif. Cet article présente l’atrophie rétinienne progressive, un groupe de maladies héréditaires qui font perdre la vue au chat petit à petit, les races chez qui elle est identifiée, et ce que vous pouvez observer chez vous avant d’en parler à votre vétérinaire.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation vétérinaire. Une perte de vision qui s’installe sur des années, comme celle décrite ici, n’est pas une urgence. En revanche, une perte de vision brutale, en quelques heures ou quelques jours, chez un chat de n’importe quel âge, justifie une consultation rapide : elle peut annoncer une tout autre cause, souvent liée à l’hypertension artérielle chez le chat âgé.

L’atrophie rétinienne progressive regroupe en réalité trois maladies héréditaires distinctes, portant chacune un nom scientifique différent selon la race : la forme rdAc chez l’Abyssin et le Somali, la forme PRA-b chez le Bengal, et la forme PRA-pd chez le Persan et les races apparentées. Les trois provoquent une dégénérescence progressive et irréversible des cellules de la rétine, sans douleur pour l’animal, mais à des âges très différents : dès les premières semaines de vie pour la forme la plus précoce, chez le jeune adulte pour la plus tardive.

Un test ADN existe pour chacune de ces mutations. Aucune des trois n’est, à l’origine, une maladie du chat âgé : elle se déclare toujours avant l’âge adulte ou chez le jeune adulte, jamais pour la première fois après 10 ans.

Pourquoi le chat devient aveugle : ce qui se passe dans la rétine

Dans les trois formes, une mutation génétique empêche les cellules de la rétine qui captent la lumière, les photorécepteurs, de fonctionner puis de survivre normalement. Ces cellules dégénèrent progressivement : d’abord celles qui servent à la vision nocturne, puis celles de la vision de jour. Le chat perd donc en général d’abord la vision dans la pénombre, avant de perdre la vision en plein jour. Cette dégénérescence est irréversible et évolue jusqu’à la cécité complète, mais elle n’est pas douloureuse pour l’animal.

Les trois formes touchent le même type de cellules par un mécanisme comparable : ce qui les distingue, c’est le gène en cause, la vitesse d’évolution et l’âge auquel elle démarre. Selon le laboratoire de génétique Antagene, la forme rdAc de l’Abyssin et du Somali touche le gène CEP290, la forme PRA-b du Bengal le gène KIF3B, et la forme PRA-pd du Persan le gène AIPL1. Les trois sont transmises sur le mode autosomique récessif : un chat ne développe la maladie que s’il hérite d’une copie mutée de chacun de ses deux parents, un chat porteur d’une seule copie ayant une vision normale.

Les races concernées

Cinq races sont associées à cette maladie dans les données rassemblées par ce site. Le tableau ci-dessous les présente avec la fréquence observée, l’âge d’apparition et les conséquences possibles.

RaceFréquence chez cette raceÂge d’apparitionConséquences possibles
AbyssinFréquente1,5 à 5 ans (forme rdAc)Cécité progressive irréversible ; test ADN disponible.
BengalFréquente1 à 2 ans (forme PRA-b)Cécité totale progressive ; test ADN disponible.
PersanRare4 à 8 semaines (forme PRA-pd)Cécité précoce irréversible ; test ADN disponible.
SingapuraRare2 à 6 ansCécité progressive irréversible ; forme génétique non caractérisée dans les sources disponibles.
SomaliFréquente1,5 à 5 ans (forme rdAc)Cécité progressive irréversible ; test ADN disponible.
Races pour lesquelles une prédisposition à l’atrophie rétinienne progressive est documentée. Une fréquence « rare » ou « fréquente » décrit un facteur de risque de race, jamais une certitude individuelle.

Un rappel s’impose : les chats croisés et de gouttière, largement majoritaires en France, ne figurent pas dans ce tableau et ne sont pas concernés par ces mutations précises. La race n’est ici qu’un facteur de risque à surveiller avec votre vétérinaire : chez le Bengal ou le Persan par exemple, un test ADN avant l’achat d’un chaton est recommandé, cette race étant identifiée comme prédisposée, ce qui ne veut pas dire que chaque individu de cette race développera la maladie.

Atrophie rétinienne du chat : les signes à repérer à la maison

  • Il hésite ou se cogne le soir, dans une pièce en pénombre, alors qu’il s’y déplaçait sans problème auparavant.
  • Il devient beaucoup plus prudent dans les escaliers ou pour sauter sur un meuble, surtout quand la lumière baisse.
  • Ses pupilles restent dilatées même en pleine lumière.
  • Ses yeux paraissent plus brillants ou plus réfléchissants la nuit qu’avant.
  • Il chasse moins bien les jouets en mouvement le soir, ou ne réagit plus à un jouet lancé silencieusement dans son champ de vision périphérique.
  • Chez un chaton, un comportement maladroit ou des mouvements des yeux mal coordonnés.

Les 5 signaux de vigilance du chat senior, appliqués à cette maladie

Sur ce site, nous ramenons la surveillance d’un chat âgé aux mêmes cinq repères. Cette maladie n’agit pas sur tous de la même façon : voici ce que chacun donne ici.

  1. La soif. Pas un signe de cette maladie : une soif en hausse chez un chat âgé oriente plutôt vers une autre cause, comme la maladie rénale chronique ou le diabète sucré.
  2. L’appétit. Généralement conservé : cette maladie touche la vue, pas la digestion.
  3. Le poids. Sans lien direct avec cette maladie.
  4. La mobilité. Le signal le plus parlant ici : hésitation, prudence accrue dans les déplacements, surtout en faible lumière.
  5. Le comportement. Un chat qui perd la vue progressivement s’adapte souvent bien, mais peut devenir plus prudent ou moins joueur en soirée.

🩺 Ce que dit la littérature vétérinaire

Le laboratoire britannique Langford Vets (Université de Bristol), qui a dépisté près de 2 500 Bengals à travers l’Europe, a mesuré une prévalence de porteurs d’environ 18 % pour la forme PRA-b. Pour la forme PRA-pd du Persan, une étude portant sur 1 044 chats persans et apparentés testés pour d’autres raisons génétiques a mesuré une fréquence allélique de 1,15 % (Lyons et al., 2016, BMC Genomics), tandis qu’un dépistage direct de chats persans européens conduit par Langford Vets trouve environ 4 à 5 % de porteurs. Ces chiffres mesurent la fréquence de la mutation dans une population de chats de race testés, pas le risque qu’un chat non testé développe la maladie.

Quand consulter, et sous quel délai

  • Consultez rapidement si la baisse de vision de votre chat est apparue brutalement, en quelques heures ou quelques jours : ce n’est pas le mode d’évolution de cette maladie, et cela justifie de rechercher une autre cause en priorité, notamment une hypertension artérielle.
  • Prenez rendez-vous sereinement, sans urgence particulière, si vous observez une baisse de vision progressive sur plusieurs semaines ou mois : un examen ophtalmologique confirmera l’origine du trouble.

Le dépistage et les tests ADN

Un test ADN existe pour chacune des trois mutations, par prélèvement buccal, proposé notamment par le laboratoire britannique Langford Vets et par le laboratoire français Antagene, qui regroupe les trois tests sous une fiche unique. Tester son chat permet de savoir s’il est indemne, porteur ou atteint avant l’apparition de tout signe clinique. Pour un futur acheteur de chaton Abyssin, Somali, Bengal ou Persan, demander le statut génétique des deux parents est le moyen le plus fiable d’éviter d’acquérir un chaton qui développera la maladie : un accouplement entre deux porteurs produit statistiquement 25 % de chatons atteints, alors qu’un porteur accouplé à un chat indemne ne produit aucun chaton atteint.

Vivre au quotidien avec un chat qui perd la vue

Il n’existe à ce jour aucun traitement qui restaure la vision perdue. La prise en charge consiste à adapter l’environnement du chat pour compenser la perte de vision progressive : garder les meubles et l’agencement de la maison stables, éviter de laisser des objets au sol dans les zones de passage, installer des repères sonores ou olfactifs, et sécuriser l’accès à l’extérieur, car un chat qui perd la vue s’adapte souvent bien à l’intérieur mais devient plus vulnérable dehors.

Retour d’expérience, cas représentatif. Camille, propriétaire d’un chat de 15 ans : « J’ai mis du temps à comprendre pourquoi il hésitait le soir avant de sauter sur son fauteuil habituel. Une fois le diagnostic posé, j’ai arrêté de déplacer les meubles et j’ai laissé des veilleuses allumées la nuit. Il continue à se déplacer avec assurance tant que rien ne change autour de lui. »

Ce qui change chez le chat de plus de 10 ans

Aucune des trois formes n’est, à l’origine, une maladie du chat senior : ce sont des maladies héréditaires qui se déclarent tôt, parfois dès les premières semaines de vie, au plus tard chez le jeune adulte de 1 à 2 ans. Concrètement, cela a deux implications différentes pour un chat qui vieillit. Un chat Abyssin, Somali, Bengal ou Persan porteur de l’une de ces mutations arrive généralement à l’âge senior avec une cécité déjà ancienne et déjà bien compensée depuis des années : ce n’est pas un événement nouveau à cet âge-là. À l’inverse, si un chat senior de l’une de ces races, ou de toute autre race, commence à montrer une baisse de vision qui n’a jamais été observée auparavant, il ne s’agit très probablement pas de cette maladie, qui se serait déjà déclarée bien plus tôt, mais d’une autre cause à rechercher en priorité, au premier rang de laquelle l’hypertension artérielle liée à l’âge et à ses maladies associées.

Questions fréquentes

Mon chat senior devient aveugle : est-ce forcément une atrophie rétinienne ?

Non, c’est même peu probable : ces trois formes se déclarent toujours avant l’âge adulte ou chez le jeune adulte. Une baisse de vision qui apparaît pour la première fois chez un chat senior a très probablement une autre origine, à rechercher avec votre vétérinaire.

Le test ADN est-il fiable à 100 % ?

Le test identifie la mutation connue pour chaque forme avec une bonne fiabilité, mais il ne remplace pas l’examen clinique du fond d’œil, qui reste nécessaire pour confirmer un diagnostic clinique.

Un chat aveugle peut-il vivre normalement ?

Un chat qui perd la vue progressivement s’adapte en général très bien à l’intérieur, à condition de garder son environnement stable. La vigilance porte surtout sur la sécurité en extérieur.

Peut-on ralentir l’évolution de la maladie ?

Aucun traitement documenté ne ralentit ou n’arrête la dégénérescence rétinienne dans ces trois formes. La prise en charge se limite à adapter l’environnement du chat.

Le Singapura a-t-il un test ADN spécifique ?

Non, à la différence de l’Abyssin, du Somali, du Bengal et du Persan, le gène exact en cause chez le Singapura n’a pas été identifié dans les sources vétérinaires disponibles : seul un suivi ophtalmologique régulier permet de surveiller cette race.

Sources

  • ANTAGENE. Atrophie progressive de la rétine chez le chat. Fiche produit, laboratoire de génétique animale. Consulter la fiche
  • Langford Vets (Université de Bristol). Bengal Progressive Retinal Atrophy. Laboratoire de génétique féline. Consulter la fiche
  • Langford Vets (Université de Bristol). Persian Progressive Retinal Atrophy. Laboratoire de génétique féline. Consulter la fiche
  • LYONS L. A. et coll. Whole genome sequencing in cats, identifies new models for blindness in AIPL1 and somite segmentation in HES7. BMC Genomics, vol. 17, article 265, 2016. Consulter le texte intégral

Image a la une : Lucas Pezeta sur Pexels.