Maladie

Coagulopathie vitamine K du chat : hémorragies et Devon Rex

Par Sophia · novembre 4, 2026 · 9 min de lecture

Vétérinaire prélevant un échantillon de sang sur un chat pour un bilan de la coagulation
Sommaire

Une simple castration, un geste que des milliers de chats traversent chaque semaine sans incident, et pourtant le saignement ne s’arrête pas. C’est de cette façon, le plus souvent, qu’une coagulopathie vitamine K-dépendante se révèle : à l’occasion d’une chirurgie de routine chez un chat qui, jusque-là, n’avait jamais montré le moindre signe.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation vétérinaire. Un saignement qui ne s’arrête pas après une blessure minime, une chirurgie ou une injection, ou l’apparition de bleus (ecchymoses) sans traumatisme identifié, est toujours une urgence vétérinaire.

La coagulopathie vitamine K-dépendante est une maladie héréditaire rare, décrite dans la littérature vétérinaire chez plusieurs Devon Rex non apparentés au Royaume-Uni, en Australie et aux Pays-Bas. Elle empêche l’organisme d’utiliser correctement la vitamine K pour fabriquer certains facteurs de la coagulation, ce qui expose le chat à des hémorragies spontanées ou, plus souvent, révélées à l’occasion d’une chirurgie. Un traitement existe : il repose sur un apport de vitamine K1, prescrit et ajusté par un vétérinaire, qui normalise la coagulation.

Ce qui se passe dans le sang de votre chat

Coaguler, c’est former un caillot qui bouche une brèche dans un vaisseau sanguin. Cette réaction en chaîne fait intervenir plusieurs protéines fabriquées par le foie, dont quatre (numérotées II, VII, IX et X par les vétérinaires) ont besoin de vitamine K pour devenir pleinement actives.

Chez les Devon Rex atteints de cette maladie, des chercheurs néerlandais ont montré que le problème ne vient pas d’un manque de vitamine K dans l’alimentation, mais d’une enzyme du foie (une carboxylase, chargée d’activer ces quatre protéines à l’aide de la vitamine K) qui fonctionne mal et n’utilise pas correctement la vitamine pourtant présente en quantité normale. Résultat : même bien nourri, le chat fabrique des facteurs de coagulation inactifs, incapables de former un caillot solide.

Le Devon Rex, race chez laquelle cette maladie a été identifiée

RaceFréquenceÂge d’apparitionConséquence rapportée
Devon RexRare : quelques cas publiés dans des chatteries distinctes au Royaume-Uni, en Australie et aux Pays-BasDès le jeune âge, souvent révélée à l’occasion d’une première chirurgie (castration, stérilisation)Hémorragies spontanées ou, plus fréquemment, post-chirurgicales, parfois sévères sans traitement
Coagulopathie vitamine K-dépendante décrite chez le Devon Rex. Sources : études vétérinaires britannique, néerlandaise et australienne détaillées en fin d’article. Le nombre de cas publiés est faible, ce qui limite toute estimation précise de la fréquence réelle dans la race.

Chez le Devon Rex, la prudence recommandée est de signaler la race à son vétérinaire avant toute chirurgie, même mineure, sans que cela signifie qu’un Devon Rex donné en soit forcément porteur. Les chats croisés et de gouttière, très largement majoritaires en France, ne sont pas décrits comme concernés par cette forme précise de la maladie, même si des troubles de la coagulation d’autres origines (empoisonnement, maladie du foie) peuvent toucher n’importe quel chat. Le Devon Rex cumule par ailleurs d’autres particularités documentées séparément, comme une prédisposition à la dermatite atopique et une myopathie congénitale partagée avec le Sphynx, sans lien connu entre ces maladies.

Les signes que vous pouvez repérer à la maison

  • Un saignement qui ne s’arrête pas après une griffure, une coupure ou une chute de dent de lait, alors qu’il devrait cesser en quelques minutes.
  • Des bleus (ecchymoses) visibles sous la peau fine du ventre ou des oreilles, sans traumatisme identifié.
  • Du sang dans les selles ou les urines, signe d’un saignement interne à ne jamais attendre pour signaler.
  • Des gencives pâles associées à une grande fatigue, pouvant traduire une perte de sang importante.
  • Un saignement prolongé après une chirurgie pourtant réalisée dans de bonnes conditions.

Les 5 signaux de vigilance du chat senior, appliqués à ce cas

Sur ce site, nous ramenons la surveillance d’un chat âgé aux mêmes cinq repères. Un Devon Rex diagnostiqué et suivi depuis le jeune âge pour cette maladie n’en modifie généralement aucun une fois le traitement stabilisé, mais la vigilance ne s’arrête pas à l’âge adulte.

  1. La soif. Sans lien direct avec cette maladie ; à surveiller comme pour tout chat âgé.
  2. L’appétit. Une perte d’appétit associée à une pâleur des gencives doit faire penser à un saignement interne, même chez un chat déjà suivi.
  3. Le poids. Sans lien direct, sauf en cas de maladie associée.
  4. La mobilité. Une raideur ou une douleur brutale peut, dans de rares cas, traduire un saignement dans une articulation ou un muscle.
  5. Le comportement. Un chat plus prostré que d’habitude, qui se cache, mérite toujours d’être examiné, en particulier s’il a déjà ce diagnostic.

🩺 Ce que dit la littérature vétérinaire

Une étude australienne portant sur trois Devon Rex atteints a confirmé qu’un apport oral de vitamine K1 normalisait les valeurs de coagulation en quelques jours, mais que l’arrêt du traitement chez deux de ces chats faisait remonter les temps de coagulation, sans que les chats montrent alors de signe clinique de saignement à ce stade. Un rapport britannique a documenté le même trouble chez un Devon Rex ayant saigné après une castration, contrôlé par une transfusion de plasma puis stabilisé par un apport oral de vitamine K. Les chercheurs néerlandais à l’origine de la description biochimique de cette maladie ont montré qu’elle touchait les quatre facteurs de coagulation dépendants de la vitamine K simultanément, ce qui distingue cette maladie d’une hémophilie classique, laquelle ne touche qu’un seul facteur.

Relecture vétérinaire en cours de mise en place sur ce site. En attendant, ce bloc ne reprend que des sources vétérinaires vérifiables, listées en fin d’article.

Quand consulter, et sous quel délai

  • Contactez immédiatement votre vétérinaire ou une clinique d’urgence si votre chat saigne sans que cela ne s’arrête, ou si vous remarquez du sang dans les selles ou les urines.
  • Signalez systématiquement la race Devon Rex à votre vétérinaire avant toute intervention programmée, même une simple extraction dentaire, afin qu’un bilan de la coagulation soit envisagé au préalable si besoin.
  • Prenez rendez-vous rapidement si vous observez des bleus inexpliqués, en particulier chez un chaton ou un jeune chat de cette race.

Le dépistage, en l’absence de test ADN commercialisé

Il n’existe pas, à notre connaissance, de test ADN commercialisé pour cette maladie : sa cause a été identifiée comme un défaut de fonctionnement d’une enzyme du foie, mis en évidence par des prélèvements biochimiques spécialisés et non par un simple test génétique. Face à un Devon Rex, la précaution pratique reste un bilan de la coagulation (un temps de coagulation sanguine, mesuré en laboratoire vétérinaire) demandé avant toute chirurgie programmée, en particulier pour un chaton de cette race qui n’a encore jamais été opéré. C’est une démarche de précaution à discuter avec votre vétérinaire, pas un dépistage systématique imposé à tous les Devon Rex.

Vivre avec, au quotidien

Un chat diagnostiqué et correctement suivi mène une vie tout à fait normale. Le point de vigilance principal concerne les situations à risque de saignement : chirurgie, extraction dentaire, bagarre avec un autre animal. Prévenir systématiquement tout nouveau vétérinaire ou toute clinique d’urgence du diagnostic, y compris lors d’un simple détartrage, évite les mauvaises surprises.

Retour d’expérience, cas représentatif. Camille, propriétaire d’un chat de 15 ans : « Mon Devon Rex a saigné bien plus que prévu après sa castration, à l’âge de six mois. Le bilan a révélé cette maladie de la coagulation. Depuis, il prend un complément de vitamine K prescrit par notre vétérinaire, et je préviens systématiquement chaque nouveau soignant de son diagnostic avant le moindre geste, même une prise de sang. En quinze ans, il n’a plus jamais eu d’épisode grave. »

Ce qui change chez le chat de plus de 10 ans

Un Devon Rex suivi depuis le jeune âge pour cette maladie ne présente pas, d’après les cas publiés, de dégradation particulière en vieillissant : le traitement reste le même, et le risque principal demeure lié aux situations de saignement plutôt qu’à l’âge lui-même. Chez un chat senior, il devient en revanche important de croiser cette information avec toute nouvelle prescription : certains médicaments interfèrent avec la vitamine K, et votre vétérinaire doit en tenir compte lors d’un bilan sanguin de routine ou avant tout nouveau traitement au long cours.

Questions fréquentes

Cette maladie est-elle la même chose que l’hémophilie ?

Non. L’hémophilie touche un seul facteur de coagulation, alors que cette maladie touche simultanément quatre facteurs différents en raison d’une même enzyme défaillante. Les deux se traduisent par des hémorragies, mais leur origine et leur traitement diffèrent.

Mon Devon Rex peut-il être opéré sans risque une fois diagnostiqué ?

Oui, dans la majorité des cas publiés, un traitement à la vitamine K1 avant l’intervention permet de sécuriser une chirurgie. La décision et le protocole précis relèvent entièrement de votre vétérinaire.

Un chat porteur mais non malade existe-t-il ?

Les publications disponibles ne permettent pas de répondre avec certitude à cette question, faute d’un test génétique identifiant les porteurs sains. C’est une question à poser à votre vétérinaire si vous envisagez une reproduction dans une lignée déjà touchée.

Faut-il arrêter le traitement une fois les valeurs normalisées ?

Cette décision revient entièrement à votre vétérinaire. Un cas publié a montré que les valeurs de coagulation se dégradaient à nouveau après l’arrêt du traitement chez deux chats, ce qui plaide pour un suivi rapproché avant d’envisager un arrêt.

Sources

  • MADDISON J. E., WATSON A. D., EADE I. G., EXNER T. Vitamin K-dependent multifactor coagulopathy in Devon Rex cats. Journal of the American Veterinary Medical Association, 1990. Consulter le résumé
  • SOUTE B. A., ULRICH M. M., WATSON A. D., MADDISON J. E., EBBERINK R. H., VERMEER C. Congenital deficiency of all vitamin K-dependent blood coagulation factors due to a defective vitamin K-dependent carboxylase in Devon Rex cats. Thrombosis and Haemostasis, 1992. Consulter le résumé
  • LITTLEWOOD J. D., SHAW S. C., COOMBES L. M. Vitamin K-dependent coagulopathy in a British Devon rex cat. Journal of Small Animal Practice, 1995. Consulter le résumé

Image a la une : https://kaboompics.com/ sur Pexels.

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