Maladie

Ostéochondrodysplasie du Fold : l’arthrose du chat Fold

Par Sophia · octobre 16, 2026 · 9 min de lecture

Chat Scottish Fold aux oreilles pliées allongé au sol, illustrant l'atteinte articulaire propre à cette race
Sommaire

Votre Scottish Fold de 2 ans marche différemment depuis quelques semaines : la queue reste raide, les sauts vers le canapé se font plus rares, et vous remarquez de petites bosses sur ses pattes arrière. Chez cette race aux oreilles repliées, ce changement n’est pas anodin. Il porte un nom précis, et il mérite d’être expliqué avant l’inquiétude.

Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation vétérinaire. Si votre chat Fold boite, refuse de sauter, a la queue raide ou présente des grosseurs sur les pattes ou la queue, prenez rendez-vous avec votre vétérinaire.

L’ostéochondrodysplasie du Fold est une maladie du cartilage liée à la même mutation génétique qui donne au Scottish Fold et au Highland Fold leurs oreilles repliées. Elle touche les articulations, surtout la queue, les jarrets et les poignets, et provoque une arthrose précoce. Selon une étude australienne portant sur 1 131 Scottish Fold suivis en clientèle vétérinaire, un diagnostic clinique a été posé chez 12 d’entre eux (environ 1 %) et 64 autres cas étaient suspectés, le plus souvent avant l’âge de 30 mois.

Un point important : porter la mutation ne veut pas dire développer forcément une forme grave. Une étude italienne menée sur 12 chats Scottish Fold porteurs n’a retrouvé des signes cliniques que chez un seul d’entre eux.

Ce qui se passe dans le corps de votre chat

Le pli des oreilles du Fold vient d’une seule mutation sur un gène appelé TRPV4, qui joue un rôle dans la formation du cartilage, ce tissu souple qui protège les os au niveau des articulations. Cette mutation ne se limite pas aux oreilles : elle agit partout où il y a du cartilage. Chez certains chats, le cartilage se forme mal au niveau de la queue, des jarrets (les articulations situées au niveau des « chevilles » arrière) et des poignets. Il durcit, se déforme, et finit par souder partiellement l’articulation, un peu comme des rhumatismes chez une personne âgée, mais chez un chat parfois très jeune.

Cette mutation se transmet de façon dominante : une seule copie, héritée d’un seul parent, suffit à donner des oreilles pliées. Un chat aux oreilles pliées porte donc toujours au moins une copie de cette mutation, mais l’intensité des atteintes articulaires varie beaucoup d’un chat à l’autre, pour des raisons encore mal comprises.

Les races concernées

RaceFréquence de la mutationÂge d’apparition des signesConséquence
Scottish FoldSystématique chez tout chat aux oreilles pliéesLe plus souvent avant 30 mois quand la forme est cliniqueArthrose déformante de la queue, des jarrets et des poignets ; douleur chronique, boiterie possible ; aucun traitement curatif, prise en charge antalgique à vie
Highland FoldSystématique chez tout chat aux oreilles pliées (variété à poil mi-long du Scottish Fold)Le plus souvent avant 30 mois quand la forme est cliniqueMême mécanisme et mêmes zones touchées que le Scottish Fold
Chiffres et âges issus de Velie et coll. (2023, données vétérinaires australiennes) et Sartore et coll. (2023). La fréquence de la mutation est systématique chez le Fold, celle des signes cliniques visibles ne l’est pas.

Les chats croisés et de gouttière, très largement majoritaires en France, ne portent pas cette mutation particulière : elle est propre aux lignées Fold. Mais avoir des oreilles droites ne protège pas non plus totalement de l’arthrose liée à l’âge, qui reste possible chez n’importe quel chat senior pour d’autres raisons. Chez le Fold, retenez surtout ceci : la race est un facteur de risque identifié, pas une fatalité individuelle.

Les signes que vous pouvez repérer à la maison

  • Une queue qui reste raide, courte dans ses mouvements, ou que le chat semble ne plus vouloir remuer.
  • Une démarche raide des postérieurs, une hésitation avant de sauter sur le canapé ou le rebord de fenêtre.
  • De petites grosseurs osseuses palpables sur les pattes arrière ou la queue.
  • Un chat qui se déplace moins volontiers, qui évite les escaliers.
  • Une gêne visible quand vous manipulez la queue ou les pattes arrière lors des câlins.

Les 5 signaux de vigilance du chat senior, appliqués à cette maladie

  1. La soif. Sans lien direct avec cette maladie articulaire ; à surveiller pour d’autres raisons propres à l’âge.
  2. L’appétit. Généralement conservé, sauf douleur importante qui peut le réduire.
  3. Le poids. Une prise de poids aggrave la charge sur des articulations déjà fragilisées : un point à surveiller avec le vétérinaire.
  4. La mobilité. Le signal central de cette maladie : moins de sauts, une démarche raide, une réticence à monter les escaliers.
  5. Le comportement. Un chat plus discret, qui se cache davantage ou évite le contact au niveau de la queue, peut exprimer une douleur.

🩺 Ce que dit la littérature vétérinaire

Une étude parue en 2021 dans Human Genetics a comparé, à l’aveugle, les radiographies de chats Fold porteurs d’une seule copie de la mutation à celles de chats aux oreilles droites non porteurs. Les chats Fold présentaient en moyenne des signes radiologiques plus marqués, mais nettement plus modérés que ce que des études antérieures, moins bien contrôlées, avaient laissé penser. Une autre étude, publiée en 2023, a suivi 12 chats Scottish Fold porteurs de la mutation : un seul présentait des signes cliniques, et aucun des chats revus 18 mois plus tard n’avait vu ses lésions s’aggraver. Les auteurs concluent que la mutation seule n’explique probablement pas toute la sévérité de la maladie.

Quand consulter, et sous quel délai

  • Prenez rendez-vous sous 48 heures si votre chat boite nettement, refuse brutalement de sauter, ou si une grosseur sur une patte grossit visiblement.
  • Prenez rendez-vous dans la semaine si vous notez seulement une raideur de la queue ou une démarche légèrement différente depuis plusieurs jours.
  • Contactez une clinique d’urgence si votre chat semble incapable de poser une patte ou reste prostré sans bouger.

Un chat qui souffre ne le montre pas comme un chien : il se cache, réduit ses mouvements, plutôt que de se plaindre bruyamment. C’est une raison de plus pour consulter au moindre doute chez une race exposée.

Le dépistage et le test ADN

Un test ADN ciblant la mutation du gène TRPV4 existe et permet de savoir si un chat porte une ou deux copies de la mutation, avant même l’apparition de tout signe. C’est utile à demander à un éleveur, avec une réserve importante mise en évidence par une étude publiée en 2026 : certains porteurs d’une seule copie ont des oreilles qui paraissent droites, pas repliées, ce qui concernait environ 13 % des porteurs dans l’échantillon étudié. L’aspect des oreilles seul ne suffit donc pas à écarter la mutation : seul le test ADN tranche vraiment. Pour un chat déjà diagnostiqué, le suivi porte sur la clinique, avec des radiographies si le vétérinaire le juge utile.

Vivre avec, au quotidien

Il n’existe aujourd’hui aucun traitement qui guérit cette maladie du cartilage. La prise en charge vise le confort : gestion de la douleur sur prescription vétérinaire, aménagement de la maison pour limiter les sauts et les escaliers, surveillance du poids. Refaire les accès de la maison pour un chat qui ne saute plus devient alors une priorité, pas un simple confort.

Retour d’expérience, cas représentatif. Camille, propriétaire d’un chat de 15 ans : « Mon chat n’est pas un Fold, mais une amie a un Highland Fold de 4 ans qui a eu ce diagnostic très jeune. Elle a changé toute sa maison : des marches plus basses vers le canapé, une litière à rebords bas. Il reste un chat joueur, juste sur un rythme plus doux. »

Ce qui change chez le chat de plus de 10 ans

Un Fold arrivé à 10 ou 15 ans avec cette maladie cumule souvent deux phénomènes : les déformations articulaires propres à sa race, installées depuis l’enfance, et l’arthrose générale liée à l’âge, qui touche n’importe quel chat senior. Les deux s’additionnent plutôt qu’ils ne se remplacent. C’est à cet âge que le choix et le placement de la litière deviennent particulièrement déterminants pour le confort quotidien, tout comme le couchage et les points d’appui dans toute la maison.

Questions fréquentes

Tous les Scottish Fold développent-ils cette maladie ?

Tous les Fold portent la mutation en cause, mais l’intensité des signes varie fortement : une étude n’a retrouvé de signes cliniques que chez 1 chat porteur sur 12 suivis. Seul un examen vétérinaire, avec radiographies si besoin, permet de savoir où en est votre chat.

Le Highland Fold est-il moins touché que le Scottish Fold ?

Non : le Highland Fold est la variété à poil mi-long du Scottish Fold, avec la même mutation et le même mécanisme. Aucune donnée ne suggère une différence de sévérité entre les deux.

Un chaton Fold aux oreilles bien pliées est-il forcément gravement atteint ?

Non. Avoir les oreilles pliées confirme la présence de la mutation, mais ne prédit pas la gravité des atteintes à venir : c’est un facteur de risque à surveiller, pas un pronostic.

Existe-t-il un remède qui guérit cette maladie ?

Non. La prise en charge se limite au confort et à la gestion de la douleur, décidée avec le vétérinaire selon l’état de chaque chat.

Sources

  • RORDEN C., GRISWOLD M. C., MOSES N. et coll. Radiographical Survey of Osteochondrodysplasia in Scottish Fold Cats caused by the TRPV4 gene variant. Human Genetics, 2021. Consulter la notice PubMed
  • SARTORE S., MORETTI R., PIRAS L. A. et coll. Osteochondrodysplasia and the c.1024G>T variant of TRPV4 gene in Scottish Fold cats: genetic and radiographic evaluation. Journal of Feline Medicine and Surgery, 2023. Consulter le texte intégral
  • VELIE B. D., MILDEN T., MILLER H., HAASE B. An estimation of osteochondrodysplasia prevalence in Australian Scottish Fold cats: a retrospective study using VetCompass Data. BMC Veterinary Research, 2023. Consulter le texte intégral
  • MATSUMOTO Y., ISHII R., UKAWA H. et coll. Straightened Small Pinnae in TRPV4 c.1024G>T Heterozygous Cats. Animal Genetics, 2026. Consulter le texte intégral

Image a la une : Mina Başer sur Pexels.